Alain Garrigou, professeur en érgonomie à l'IUT de Bordeaux©GRAINE Aquitaine
Article/Interview

Qu’est-ce qu’un pesticide ?

Si l’usage des pesticides recule peu, la recherche avance. Que sait-on aujourd’hui des conséquences sur la santé ? Comment ces produits sont-ils validés pour être mis sur le marché ? Quelles sont les études en cours ? Un tour d’horizon avec Alain Garrigou, professeur des universités en ergonomie, à l’IUT de Bordeaux, Département Hygiène, Sécurité & Environnement.

Qu’est-ce qu’un pesticide ?

Un pesticide est une substance, le plus souvent chimique, visant à détruire les ravageurs pour protéger les cultures. Trois types principaux de pesticides sont utilisés en agriculture : les insecticides, contre les insectes, les herbicides, contre les « mauvaises herbes », les fongicides, contre les champignons. Les fabricants de pesticides parlent aussi de « produits phytosanitairesphytosanitairesProduits utilisés pour soigner ou prévenir les maladies des organismes végétaux. », c’est-à-dire « pour le soin des plantes ». Rappelons que l’industrie des pesticides s’est développée autour d’applications militaires, comme par exemple le gaz moutarde utilisé lors de la première guerre mondiale. Puis l’industrie militaire a découvert que leur production pouvait être utile dans d’autres secteurs, comme l’agriculture.

 

Quelles sont les conséquences sur la santé ?

 Aujourd’hui, on connaît les effets sur le long terme dus à des expositions à faible dose. Trois familles d’effets ont été établies : des cancers (estomac, prostate, vessie, cerveau, lèvres, sang…), des perturbations du développement neurologique et comportemental (les maladies de Parkinson, Alzheimer, fragilisation immunitaire) et des problèmes de fertilité et de développement (davantage de malformations du fœtus). Les recherches avancent notamment sur ce point. Les premières personnes touchées par les pesticides sont les agriculteurs. Mais si on s’intéresse à leur espérance de vie, paradoxalement, ils sont en meilleure santé que la population générale, avec une espérance de vie de deux ans en plus. Il n’en demeure pas moins qu’ils sont davantage touchés par certains cancers et des intoxications aigües.

Quel est le cadre juridique de la mise sur le marché d’un pesticide ?

L’évaluation de la dangerosité des produits chimiques fait l’objet de procédures européennes, déclinées au niveau national. Pour qu’un pesticide soit autorisé, l’industriel doit soumettre un dossier à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSESANSESAgence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), sur la base d’études toxicologiques et d’études de terrains. Ces éléments restent confidentiels et ne sont pas mis à la portée des scientifiques. Aujourd’hui, des interrogations subsistent quant à l’évaluation de la toxicité de ces produits : comment se font ces mesures d’expositions ? Ne sont-elles pas éloignées de la pratique de tous les jours ? Ces données sont-elles fiables et les tests prévus sont-ils suffisants ?

 

Quels sont les axes sur lesquels travaillent les chercheurs ?

Aujourd’hui, la recherche est focalisée sur trois axes : le développement technologique pour que les produits soient plus efficaces avec des pulvérisateurs qui contrôlent plus la dérive ; des études épidémiologiques en lien avec la santé sont en cours, notamment en Aquitaine avec Isabelle Baldi à l’ISPEDISPEDL’Institut de Santé Publique, d'Épidémiologie et de Développement. Le troisième volet concerne la mesure des expositions, la caractérisation des déterminants – techniques et organisationnels – de ces expositions, et l’évaluation de l’efficacité réelle des mesures de prévention et de protection, notamment pendant les temps de travail. Sur ces deux derniers points, la recherche est en pointe, notamment en Aquitaine.